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"Bonsoir à toutes, bonsoir à tous
C'est avec un grand plaisir et un certain soulagement qu'au nom du Cercle de l'éducation populaire, je vous souhaite la bienvenue ce soir.
Plaisir parce que vous avez été nombreux en provenance de toute la France à répondre à notre invitation, avec une diversité d'horizons qui témoigne du renouveau d'un intérêt largement partagé pour l'éducation populaire.
Soulagement parce que grâce à un changement de salle de dernière minute nous avons pu accueillir tous ceux qui en avaient fait la demande. J'en profite d'ailleurs pour remercier Héloise Pastinelli, attachée parlementaire de Michel Ménard qui a géré avec nous tous les aspects logistiques de la soirée.
Marie-George BUFFET, Députée de Seine Saint-Denis, Marie-Christine Blandin, sénatrice, Marie-Annick Girardin, députée de Saint-Pierre et Miquelon, Michel Ménard, député de Loire Atlantique, ont répondu favorablement à la demande du Cercle de l'éducation populaire d'organiser ce débat et nous les en remercions.
Le Cercle de l'éducation populaire est une toute jeune association née en 2009, dans le sillage de la journée de réflexion « On a tous besoin d'éducation populaire » co-organisée par des acteurs divers du champ associatif et syndical. Suite à cette journée qui rassemblait des organisations n'ayant pas forcément coutume de travailler ensemble, il nous a semblé opportun de créer un espace qui puisse offrir et ouvrir à tous ceux qui se revendiquent de l'éducation populaire, individus, associations, syndicats, animateurs, chercheurs, élus, fonctionnaires d'état ou des collectivités territoriales, des temps de réflexion, de recherche, de débat mais aussi le cas échéant d'action sur des thèmes dont nous ressentons collectivement la nécessité ou l'urgence.
Or, nécessité et urgence il nous semblait y avoir, à inscrire l'éducation populaire sinon dans la campagne présidentielle, ce grand soir n'est toujours pas venu, au moins dans le débat politique qui est censé précèder les élections.
Si les enjeux éducatifs ont fini par émerger frileusement dans les discours de la campagne, la question associative reste en revanche largement inabordée. Force est de constater que cette composante essentielle de la société, qui pallie tant de défaillances des services publics, qui s'investit dans l'accompagnement de publics laissés pour compte, qui prend en charge tant de maux de notre société, est la grande absente de la campagne, en tout cas à sa surface médiatique, y compris dans les discours de gauche.
Nous ne somme pas assez naïfs pour penser qu'il y serait question d'éducation populaire.
D'aucuns s'étonneront peut-être d'ailleurs de voir ressurgir cette vieille notion qui résiste toujours à toute tentative de définition officielle, née à la fin du 19ème siècle de la nécessité d'apporter à de jeunes et moins jeunes adultes, travailleurs tôt sortis de l'école, des clés de compréhension et d'analyse du monde pour leur permettre d'y prendre une place de citoyen le plus éclairé, le plus émancipé possible.
Elle a désigné aux différents moments de son histoire, un champ extrêmement varié et vivant d'acteurs, aujourd'hui globalement malmenés.
Des associations exsangues, de moins en moins reconnues, de moins en moins libres de leur initiative, traitées comme des prestataires de service ou des entreprises, mises en concurrence par la pratique des appels d'offre et de marchés publics et dont beaucoup disent elles-mêmes avoir perdu de vue le sens originel de leur action, dans la lutte pour leur survie.
Des services d'Etat décimés par la RGPP et bien avant elle par une politique à la petite semaine de dispositifs segmentant toujours plus les publics qui a conduit pendant plusieurs décennies à édulcorer l'éducation populaire dans les référentiels alors jugés plus utiles ou plus modernes de l'animation socioculturelle, de la formation continue, de la médiation culturelle ou de l'insertion professionnelle ; une politique qui n'a plus aujourdhui pour la jeunesse que des projets de réparation voire de régulation ou d'occupation sociale quand l'éducation populaire visait à la transformation sociale.
Au delà de ses acteurs, d'ailleurs en renouvellement, l'éducation populaire désigne en effet toujours une vision, un projet politique, une démarche qui retrouve son actualité et sa légitimité devant la violence du contexte actuel, face auquel autant qu'une forme de résistance, elle doit constituer une source d'invention et d'innovation sociale.
Si l’éducation populaire est cette démarche qui doit permettre à chacun de comprendre le monde, de développer cet esprit critique, cette conscience politique, sans laquelle les citoyens ne sauraient faire de choix éclairé, agir, prendre des responsabilités et être réellement partie prenante de la société, elle est en effet plus que jamais nécessaire face aux nouvelles formes d’illettrisme générées par la complexification du monde, face aux nouvelles formes d’oppression que constituent entre autre la prise d’otage des peuples par les marchés, la transformation des individus en cerveaux à rendre disponibles pour la publicité, la manipulation généralisée du langage et de la communication, l’avènement de la consommation comme mode privilégié d'être en société.
Elle doit permettre à chacun et notamment aux jeunes de s'approprier les enjeux culturels et politiques, économiques de ces nouveaux espaces que constituent les mondes numériques et de modeler cette révolution technologique à leurs aspirations humanistes.
Cela implique d'apprendre à penser par soi-même, d'apprendre à se connaître en affirmant son identité et sa culture, d'apprendre à se construire et à se transformer socialement, c’est à dire à faire évoluer cette culture et ses propres représentations du monde par la confrontation renouvelée avec celles d’autrui. En pensant avec d’autres. En parlant avec d'autres. En agissant avec d’autres. Cela nécessite, pour tous et dès le plus jeune âge de pouvoir évoluer dans des lieux et de s’approprier des démarches et de outils qui favorisent l’expression et la création, l’échange et le débat philosophique autant que scientifique et politique, la participation aux décisions qui nous concernent.
Puisse cette soirée contribuer modestement à rappeler l'importance et la vivacité de cette démarche et de tous les acteurs, qui contribuent à la mettre en œuvre. Après la prise de parole des députés que nous remercions une nouvelle fois pour l'invitation qu'ils nous font ce soir, et qui s'exprimeront chacun une dizaine de minutes, la parole vous sera donnée pendant une heure avant que les représentants des candidats à l'élection présidentielle, réagissent à vos constats et vos propositions et esquissent les grands traits de ce qui serait leur politique d'éducation populaire s'ils étaient élus."
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Marielle Stinès-Belleville
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